Récemment, une amie m'a dit : "personne n'écoute !" De quoi parlait-elle ? D'une expérience vécue, probablement ...
Dans notre monde saturé d'outils dits de "communication" savons-nous encore écouter? Savons-nous écouter ce qui ne vient pas nous ? Savons-nous véritablement offrir ce qu'écouter peut signifier ? Avons-nous conscience de cette forme de surdité, dont la plupart d'entre nous souffrent ?
Dans le métier de thérapeute, l'écoute est centrale, mais de quelle sorte d'écoute s'agit-il ?

"J'écoute et je pense"
Lors d'un échange, en parallèle de ce que notre interlocuteur est en train de nous dire, la plupart du temps, au même moment, nous pensons. Nous pensons sur ce que cette personne est en train de nous dire. De fait, sommes-nous dans une vraie écoute ... de l'autre ? Ou bien sommes-nous centrés sur ... nous-mêmes, sans en avoir conscience ? Comme si offrir ce véritable espace d'accueil de la parole nous était difficile... Comme s'il fallait penser, vite penser quelque chose et le faire valoir, immédiatement ! Comme si notre existence ou bien le sentiment de cette existence en dépendait !
Les filtres
Notre qualité d'écoute est sans cesse perturbée par des filtres. Histoire personnelle et ce que nous en avons déduit, conditionnements, croyances, jugements, certitudes, opinions, a-priori ... Autant de perturbateurs qui entravent notre capacité à nous ouvrir au récit de la personne, de cette personne là. Autant de perturbateurs qui entravent notre aptitude à nous ouvrir à l'autre en tant ... qu'autre.
Ceci devrait pourtant être le préalable à toute forme d'échange véritable, non ?

L'écoute et le silence
Est-ce que je sais écouter et faire silence pour proposer cet espace de plein accueil de la parole de la personne qui me parle ? Et si je devenais une coupe ouverte et bienveillante ?... Et si j'apprenais à rester un instant en silence ?
Combien de discussion se tendent, virent à la dispute, à l'affrontement même, simplement parce que cette ouverture, cette bienveillance, cette écoute silencieuse manquent ? Quelles conséquences sur notre relation à l'autre, aux autres, quels quiproquos, combien de blessures s'accumulent avec le temps ? Combien de solitudes se tissent ainsi ?

Le corps et la posture du corps
Être telle une "coupe ouverte à la parole de l'autre" se trouve en se plaçant dans notre propre corps. Une "posture d'écoute" en quelque sorte.
Si je me pose, dans mes pieds, mon bassin, mes sensations, dans le mouvement du souffle qui me parcoure, je peux m'ouvrir à ce que j'entends. Pourquoi ? Parce que je quitte l'étroitesse et l'enfermement de mon mental qui pense-tout-à-partir-de-son-savoir-propre ; à partir de ce qu'il connait ! Et ce, même lorsqu'il s'agit d'une autre personne, ce qui est aberrant si on y réfléchi, non ?
Ce savoir, le mien, peut être utile certes, mais il est absolument insuffisant car trop étroit, trop centré sur "moi", il reflète mon expérience, mon cadre de référence ...
Sensorialité
La véritable écoute va donc me demander de m'ouvrir, de m'ouvrir ... Jusqu'à rejoindre un cercle bien plus large que ... "moi" ! Cette véritable écoute va s'appuyer sur la conscience sensorielle dans l'instant de l'échange. Oreilles ouvertes, mais aussi présence à toute information sensorielle. À l'inverse du mental (centré sur le connu / le passé), la sensation est ouverte et nourrie du pur présent. Il ne s'agit pas forcément de "faire quelque chose" de ces informations (sensorielles), mais de se décentrer de l'écoute purement intellectuelle.
Me placer dans une véritable qualité de présence, laisse ... respirer l'échange d'informations entre l'autre et moi.

Écoute et accompagnement
Plus j'avance dans mon travail de thérapeute plus j'expérimente une écoute peu à peu plus subtile, plus ouverte, spacieuse, une écoute "respirante". C'est à la fois exigeant et simple. C'est passionnant !
Écouter vraiment c'est se retirer un peu, tout en existant pleinement, et oui c'est possible ! Se retirer pour laisser pleine place à la parole, au sentir, à l'expérience spécifique de l'autre. Ceci ne supprime rien de ce que nous sentons, pensons, ni de notre expérience singulière, différente. Il est un équilibre fin à trouver et la "Présence en tant que corps" s'avère être, dans l'expérience qui est mienne, le plus juste chemin pour y parvenir.